Tam-tam parleur Djidji Ayôkwé: Voici la vérité sur l’authenticité de l’objet restitué


En Filigrane
La colonisation a effacé les symboles de résistance, privant les peuples de leur mémoire historique.
Le Tam Tam parleur ivoirien "Djidji Ayôkwé", mémoire du peuple a été restitué après un long combat, nécessitant une restauration.
La polémique sur son authenticité est infondée, la restitution étant réelle et officielle.
Le vrai enjeu pour la Côte d'Ivoire est la valorisation et la transmission, pour que cet objet retrouve sa place dans la conscience collective.
Colonisation : quand les symboles des peuples sont arrachés à leur mémoire
S'Il y a des sujets sur lesquels on ne doit pas tergiverser, c’est bien celui de la colonisation. En effet, la colonisation brutale d’un peuple est l’une des pires calamités de l’humanité. Pour ma part, je reste convaincu qu’il est possible d’obtenir des changements structurels chez un peuple sans le soumettre violemment. Les colonisateurs ont toujours raconté l’histoire de leurs épopées à leur progéniture. Pour rendre cette histoire vivante, ils utilisent des objets symboles. Mais qu’en est-il des peuples colonisés ? Leurs propres symboles de résistance, volés et emportés, manquent cruellement à la mémoire collective.
Prenons trois exemples emblématiques :
- Le sabre d’El Hadj Oumar Tall, grand résistant à la colonisation française.
- Le canon d’Alger, appelé par les Algériens « Baba Merzoug » (le père béni) et par les Français « la Consulaire » – du nom de ce consul, Jean Le Vacher, qui fut attaché à sa bouche et éjecté lors d’une tentative ratée de la marine française en 1683.
- Et surtout, le tambour Djidji Ayôkwé, outil de communication qui joua un rôle crucial dans la résistance du peuple Atchan au début du XXe siècle. Ces objets, témoins de notre histoire, ont été conservés pendant des décennies dans les musées français.
La restitution du Djidji Ayôkwé : un long combat
La demande de restitution du Djidji Ayôkwé ne date pas d’hier. Elle remonte à l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Mais c’est après le rapport de l’économiste sénégalais Felwine Sarr que le processus s’est accéléré.
Avant son retour, une restauration s’est imposée. Pourquoi ?
L’objet avait souffert de mauvaises conditions de stockage, d’abord au musée du Trocadéro, puis au musée du quai Branly. Comment un tambour en bois, après plus de 110 ans passés en France (sans compter le temps en Côte d’Ivoire et le voyage en bateau), pourrait-il être en 2026 dans le même état qu’à son arrivée ? Des spécialistes français ont donc travaillé sur sa restauration, avec l’expertise des Ébriés, gardiens de cette mémoire. Si aujourd’hui la queue de l’animal sculpté sur le tambour paraît plus petite, c’est le résultat d’un travail mené en accord avec toutes les parties prenantes.
Une polémique infondée
Pourquoi cette polémique sur l’authenticité de l’objet restitué ? Certains stipulent que la France aurait pu rendre une copie en gardant l’original. Mais posons la question franchement : quel intérêt la France aurait-elle à organiser une cérémonie officielle de restitution en grande pompe, sous les projecteurs du monde entier, pour finalement remettre une copie à la Côte d’Ivoire ? Où serait exposé le « vrai » objet dans ce cas ? Dans les réserves d’un musée français, loin des regards ?
Cette polémique n'a pas de sens. La restitution du Djidji Ayôkwé est une victoire pour la Côte d'Ivoire, après des décennies d'attente.

Le véritable enjeu : la fréquentation du musée
Précisons un point : l’objet ne sera pas utilisé pour des cérémonies sacrées. Il sera exposé au Musée des civilisations d’Abidjan ouvert à tous public.
Et c’est là que se situe, à mon sens, le véritable défi. Il y a quelques années, j’ai visité l’île de Gorée, au Sénégal. J’ai été frappé par un contraste saisissant : des milliers de touristes se pressent chaque jour devant la Maison des esclaves, mais le musée de l’île, qui abrite pourtant le sabre restitué d’Oumar Tall, reste désespérément vide.
Ce constat m’inquiète. À quoi sert de rapatrier nos trésors si nous ne les valorisons pas, ni n’initions nos enfants à leur histoire et à leur importance ?
Transmettre pour construire l'avenir
Apprenons à nos enfants à s’approprier notre histoire. Je voudrais terminer par cette scène que j’imagine : un père et son fils visitant ensemble le Musée des civilisations d’Abidjan. Le père pose la main sur l’épaule de son enfant et lui dit :
Mon fils, cet objet que nous voyons aujourd'hui est un symbole de la résistance du vaillant peuple Atchan à la colonisation française. Il a traversé les océans et les siècles pour revenir parmi nous. Mais le devoir de ta génération ne s'arrête pas à la contemplation du passé. Votre mission, c'est de lutter pour le développement économique de notre pays; C'est ainsi que vous honorerez ceux qui se sont battus avant vous.
